Une piste : améliorer la production orale en continu en travaillant la mise en voix


Une réflexion autour de pistes qui s’appuient sur des pratiques réflexives et sur le numérique (MP3, ENT, POD, iPads) pour amener des élèves de 3ème à la production et à l’amélioration d’un discours ou d’une mini-plaidoirie.

Cette contribution est proposée par Morgane Le Saux, professeure d’anglais et formatrice académique.

Le projet s’inscrit dans le cadre de l’opération « Regard des jeunes de 15 ans » initiée par le Prix Bayeux Calvados-Normandie des Correspondants de Guerre. Il a été mené avec un groupe de 3ème LCE du Collège Barbey d’Aurevilly de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Plusieurs séances se sont déroulées en co-animation avec Mme Schlegel, professeur documentaliste et avec l’appui de l’assistante de langue, Aline Kelley.

Les problématiques

  • Comment faire réfléchir les élèves à la nature même d’une photo et à l’utilité/l’intérêt d’une description ?
  • Comment amener des élèves à produire un discours ou une mini-plaidoirie pour défendre leurs choix ?
  • Comment améliorer la production orale en s’appuyant sur le numérique ?
  • Comment lier production écrite et écrit oralisé pour améliorer les compétences de communication des élèves ?
  • Comment faire prendre du recul aux élèves sur leurs propres productions et sur le langage numérique qu’ils utilisent ?

La démarche

Première partie de la séquence : voter pour la photo de presse qui représente le mieux le monde d’aujourd’hui

Dans un premier temps, les élèves ont découvert le thème du projet à partir d’un brainstorming qui a fait émerger de nombreuses questions. Ils ont ensuite découvert leur tâche finale et listé ce dont ils auraient besoin pour la réussir (connaissances, compétences, stratégies…).
Dans un second temps, les élèves ont réfléchi à la notion de photo de presse et ont découvert les vingt photos sélectionnées par l’AFP, sans les légendes. Les élèves ont réagi spontanément et exprimé leur ressenti et leur avis. S’en est suivi un temps d’échanges et d’émissions d’hypothèses. Puis, les élèves ont travaillé individuellement à la compréhension écrite des légendes avant d’échanger en groupe afin d’associer chaque photo à sa légende. A l’issue de ce travail, chaque élève a sélectionné trois photos.
Des recherches sur le contexte leur sont apparues indispensables afin d’effectuer un choix définitif et éclairé à la fin de la séance suivante.

Deuxième partie de la séquence : écrire et prononcer un discours ou une mini-plaidoirie dans le but de convaincre que la photo choisie est bien celle qui représente le mieux le monde d’aujourd’hui

Cette deuxième partie a commencé par une réflexion, en groupe, sur l’intérêt de décrire une photo :

Les élèves ont ainsi décidé d’enregistrer une audio-description de leur photo qui prendrait la forme d’un QR code intégré à leur vidéo finale. Chaque élève s’est enregistré pendant le cours, en autonomie, avec un MP3.

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Les élèves ont ensuite analysé la vidéo d’un discours sous la forme d’un slam (« Dear Future Generations » - Prince Ea) ainsi qu’un discours de Greta Thunberg (« Speech to world leaders at UN Climate Action Summit »). Ils ont listé différentes stratégies d’écriture et de mise en voix comme les pauses, les rimes, la répétition de mots ou de phrases, la répétition de certains sons, les techniques pour s’adresser directement à celui qui écoute ou regarde, l’importance des mots accentués et des syllabes accentuées pour créer le rythme… Les élèves ont également noté les stratégies liées à l’utilisation du numérique pour renforcer un propos ou encore l’importance du « body language ».
Les deux discours ont également permis de mettre en avant l’importance du ressenti de celui ou de celle qui prononce le discours à travers l’utilisation du champ lexical des sentiments et des émotions.

Puis, les élèves ont travaillé plus précisément le début du discours de Greta Thunberg : ils ont marqué les pauses, souligné les mots accentués et enfin noté les syllabes accentuées et inaccentuées sous forme de grands et petits ronds. Afin de s’entraîner à la mise en voix, les élèves se sont enregistrés hors la classe et ont déposé leurs fichiers dans l’application « Exercices et évaluations » de l’ENT (consulter la fiche d’accompagnement « Collecter des productions d’élèves »).

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Les élèves ont ensuite commencé l’écriture de leur propre discours avec un travail préalable au brouillon afin de lister les arguments retenus, les stratégies d’écriture choisies ainsi que le vocabulaire nécessaire. Ils ont bénéficié de l’appui de l’assistante qui les a aidés à retravailler leurs brouillons et à améliorer leurs productions.
Pour préparer la mise en voix, les élèves ont travaillé l’écriture prompteur (écriture radiophonique ou télévisuelle) qui permet de respecter l’empan visuel : ils ont tapé leur discours, marqué les pauses et ont choisi une taille de police et un interligne adaptés. Ils ont également noté les mots-clés et les mots à accentuer. Ils se sont entraînés avant de commencer les enregistrements (vidéos ou audios) ; pour cela, les élèves ont utilisé les iPads du collège, un pied ainsi qu’un pupitre. Ils ont travaillé par paire, en autonomie.

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Troisième partie de la séquence : réaliser un montage vidéo sur tablette en utilisant Keynote afin de renforcer le propos

Les élèves avaient pour consigne de réaliser un montage vidéo à l’aide de Keynote (logiciel de présentation des iPads) en plaçant au minimum trois éléments : la photo choisie, le QR code de l’audio-description et leur discours (sous forme d’une vidéo ou d’un enregistrement audio). Le professeur avait au préalable mis à disposition des élèves dans les documents partagés de l’ENT les QR codes générés sur le POD académique ainsi que les photos de l’AFP. Fiche d’accompagnement

L’objectif était également d’utiliser le numérique et ici les fonctionnalités de Keynote pour renforcer le propos. Les élèves ont donc choisi d’utiliser des animations prenant la forme de mots, d’illustrations ou encore d’effets.

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Une fois le travail terminé, le groupe a pris connaissance de l’ensemble des réalisations et a mené un travail de réflexion sur le registre du langage informatique utilisé dans les productions. Après de nombreux échanges, les élèves ont conclu que ce n’est pas parce qu’un logiciel propose des animations qu’il faut les utiliser. Ils ont noté que certaines images ou une ponctuation trop expressive peuvent desservir le propos si elles sont en décalage avec le contenu en terme de registre.
Les élèves ont enfin modifié leurs présentations sur Keynote afin de proposer une version définitive de leur tâche finale.

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Le bilan

Ce projet, très riche, a permis de travailler des compétences disciplinaires mais aussi transversales (travailler en groupe, s’entraider, travailler en autonomie…). Les élèves ont également pu améliorer certaines compétences du Cadre de Référence des Compétences Numériques (« informations et données » : gérer des données / « Création de contenu » : développer des documents visuels et sonores - adapter les documents à leur finalité).

La prise en main du logiciel Keynote s’est faite facilement. Cependant, le travail sur iPads a nécessité la sauvegarde des « brouillons » des élèves (les enregistrements, les présentations Keynote non-finalisées…) sur la tablette de l’enseignante via Airdrop et ce, à la fin de chaque séance afin de pouvoir redistribuer le travail de chacun à la séance suivante.

Si c’était à refaire, le professeur insisterait encore davantage sur l’accent de mot (qui a été peu noté sur les discours contrairement à l’accent de phrase) et sur le « body language ».

Ce projet, ponctué de nombreuses pauses réflexives, s’inscrit dans le Parcours Citoyen des élèves. Il leur a permis non seulement de travailler leurs compétences orales mais aussi d’apprendre à prendre du recul sur leurs propres productions. L’utilisation du numérique a permis aux élèves de se réécouter ou de se revoir et leur a donné la possibilité de refaire, ce qui a contribué à l’amélioration des productions. Grâce au travail collaboratif et au regard de l’autre, positif et constructif, les élèves ont gagné en confiance.
Enfin, ce projet a également montré aux élèves l’importance de s’intéresser à l’actualité et au monde qui nous entoure afin de pouvoir donner un avis de manière éclairée.

Quelques témoignages d’élèves

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